En 2003, l’épreuve créée par Henri Desgrange et Géo Lefèvre souffle ses 100 bougies. Desgranges avait pour ambition d’imposer son journal L’Auto dans une lutte de presse sans merci avec son rival, Le Vélo, mais aussi de montrer aux Français les bienfaits d’une activité sportive. Le 1er juillet 1903, ils étaient donc 60 à s’embarquer pour une folle aventure, avec comme objectif d’accomplir 2 428 kilomètres en six étapes. Il s’agissait d’aligner des « classiques » avec quelques jours de repos entre chaque. L’étape Toulouse-Bordeaux fut la plus courte (268 km) et Nantes-Paris la plus interminable avec 471 km. Maurice Garin remporta trois des six étapes et 21 rescapés terminèrent l’épreuve. Un siècle plus tard, en 2003, le Tour s’arrête pour quatre jours en Champagne-Ardenne, alors qu’en 2005, la seule étape champenoise est troyenne. Pour ces deux occasions, les Troyens se mobilisent afin de réserver le meilleur accueil au Tour et la Ville se couvre de jaune. Si une arrivée d’étape laisse place au spectacle sportif, c’est l’aspect festif qui prédomine lors du départ, les spectateurs pouvant approcher au plus près les cyclistes professionnels dans une ambiance bon enfant.
Pour la première fois de son histoire, Troyes reçoit donc presque coup sur coup le Tour de France. La pression des collectivités pour accueillir une étape de la première épreuve sportive annuelle au monde est de plus en plus forte. Les retombées médiatiques et économiques sont tellement conséquentes que les communes jouent des coudes auprès d’Amaury Sport Organisation et du Directeur du Tour, Jean-Marie Leblanc. Afin de pouvoir contenter au mieux les 300 communes qui candidatent annuellement, les organisateurs séparent régulièrement les villes arrivées des villes départs.
Le 10 juillet 2003, par une chaude journée d’été, le Village du Tour s’est implanté devant la Médiathèque. Aux premières heures du jour, Jean-Marie Leblanc, à la baguette du Tour depuis 1989, procède à la traditionnelle ouverture du Village avec François Baroin, Député-Maire de Troyes. Ils sont accompagnés de Bernard Hinault. Les services municipaux et les techniciens du Tour ont œuvré toute la nuit pour monter cet espace où l’on croise les coureurs actuels, de Virenque à Moreau, de Zabel à Ullrich, comme les coureurs retirés du peloton, de Poulidor à Jalabert. Les frères Simon sont présents et s’affairent à signer des autographes, preuve qu’ils n’ont pas perdu de leur popularité auprès des Aubois.

 Un vélo géant de 8 mètres

À quelques pas de là, un vélo géant de 8 mètres de haut a été disposé face à l’Espace Argence. La foule commence à se presser sur la rue de la République où est peinte la ligne de départ. La caravane est aussi attendue que les coureurs. Les bras se tendent pour attraper au vol casquettes, stylos ou friandises. Les jeunes des écoles de cyclisme de l’UVCAT et de l’ASPTT peuvent côtoyer leurs idoles. Les équipes de coureurs défilent sur le podium signature installé devant la fontaine Argence. Daniel Mangeas, la voix du Tour depuis 1976, présente au public chaque coureur. Comme le veut la tradition troyenne depuis 1987, le détenteur du Maillot jaune, le Colombien Victor Hugo Pena, reçoit son poids en champagne. En descendant de la balance, il ouvre une bouteille et arrose le public.
À 11h45, la cloche retentit et les coureurs se présentent au départ. La foule est dense tout le long du parcours. Puis Jean-Marie Leblanc, debout dans son véhicule rouge, fait signe au peloton avant que François Baroin n’agite le drapeau du départ à midi précise. Le peloton, prend la direction de Nevers sous les acclamations des Troyens. Le sprinteur italien Alessandro Petacchi remporte l’étape quelques heures plus tard en terres nivernaises. À 200 kilomètres de là, Troyes a retrouvé son calme après l’euphorie de la matinée.
Le 7 juillet 2005, deux ans plus tard, c’est Laurenzo Bernucci qui s’imposera sur l’étape Troyes-Nancy.

Texte : Benoit Nayrac