Après quelques années d’âpres négociations, les organisateurs du Tour, pourtant très attachés à la formule des équipes nationales ont cédé face à la poussée des équipes de marques. Ces dernières veulent profiter de la formidable vitrine publicitaire que représente l’épreuve. Ainsi, depuis 1962, le troyen Marcel Bidot, bien que toujours directeur sportif de l’Equipe de France, ne dirige plus d’équipe sur l’épreuve.
Le Tour 1963 consacre pour la 4ème fois Jacques Anquetil, vainqueur de 4 étapes. Avec ce succès, il établit un nouveau record de victoires sur le Tour de France. Seul l’Espagnol Frédérico Bahamontès, second au général, a pu lui résister dans les étapes de montagne. Raymond Poulidor se contente de la 8ème place.
La vingtième et avant-dernière étape de ce cinquantième Tour de France relie Besançon à Troyes, tout comme en 1960. L’arrivée est pour la seconde fois jugée sur le Boulevard Jules-Guesde. Il pleut à torrent quand le peloton, encore composé de 76 coureurs, s’élance de la cité jurassienne en ce samedi 13 juillet pour 233 kilomètres. La veille, Jacques Anquetil a remporté le contre-la-montre entre Arbois et Besançon confortant définitivement son maillot jaune.

Derniers préparatifs pour Pierre Everaert
Derniers préparatifs pour Pierre Everaert

Le Comité Local troyen a une nouvelle fois programmé sur le circuit d’arrivée, une course d’attente avec un critérium réservé aux cadets où s’affrontent parmi les meilleurs jeunes régionaux ceux de l’UVA, de l’UVCAT, de l’UV Chamoy ainsi que du VC Romilly. Arrivent ensuite les coureurs du 3ème Tour de l’Avenir qui accomplissent la vingtième étape entre Gray et Troyes. Ces espoirs précèdent sur une étape raccourcie de 40 kilomètres les professionnels du Tour de France. Youri Melikov s’adjuge l’étape et le français Zimmermann conserve son maillot jaune.

Sous une pluie battante, les coéquipiers de St Raphaël-Gitane du leader Jacques Anquetil contrôlent la course en montant une garde vigilante peu propice aux échappées. Des crevaisons se produisent en nombre mais tous les accidentés réintègrent sans mal le peloton qui roule sans à-coups. Les coureurs ont près de 30 mn de retard sur l’horaire théorique. Peu après leur entrée sur les terres auboises, à Plaines-Saint-Lange, Jacques Anquetil crève pour la seconde fois mais est ramené par son coéquipier Elliot. Les coureurs se dirigent vers Troyes en descendant la Vallée de la Seine.

Le champion belge Rik Van Looy remonte l’avenue Gallieni
Le champion belge Rik Van Looy remonte l’avenue Gallieni

Les spectateurs se sont amassés le long du parcours malgré les conditions climatiques dantesques. Ils sont venus afin d’encourager les vedettes du Tour : Anquetil, Bahamontès, Darrigade, Van Looy ou Poulidor. Alan Ramsbottom, le « local » de l’étape est également très attendu. Cet anglais, licencié à l’UVA depuis 1961 grâce à Marcel Bidot, figure à une belle 16ème place au général pour son second Tour. Les aubois espèrent le voir triompher sur ses terres d’adoption.
A 36km de Troyes, entre Bar-sur-Seine et Virey-sous-Bar, la pluie redouble d’intensité. A Clérey, le peloton est toujours compact mais son allure est désormais plus rapide. Alors qu’il ne reste plus que 10km à parcourir, Van Geneugden démarre. Derboven et De Breuker le rejoignent. Unissant leurs efforts, les trois belges résistent dans

l’agglomération troyenne au retour du peloton parti en chasse. En prenant un maximum de risques sur la chaussée bien humide du Boulevard Jules Guesde, De Breuker fait l’effort et au bout de l’ultime ligne droite de 450 mètres bat au sprint son compatriote Van Geneugden. Ramsbottom termine en roue libre au milieu du peloton.

Trempés jusqu’aux os et épuisés, les coureurs se réfugient dans les véhicules qui les remmènent vers les hôtels des équipes au grand dam des amoureux de la Petite Reine qui espéraient recueillir quelques

De Breuker reçoit les lauriers du vainqueur d’étape
De Breuker reçoit les lauriers du vainqueur d’étape

autographes ou photographies des Géants de la Route. A l’Hôtel de France où il loge avec son équipe, Jacques Anquetil reçoit des dizaines de télégramme et de coups de téléphone de ses admirateurs. Un service de sécurité est mis en place au pied de l’hôtel afin d’assurer une certaine tranquillité à la coqueluche du peloton. Il a ce mot pour les journalistes : « je resterais bien ici dans une bonne chambre… si on m’amenait le Parc des Princes à Troyes ! ».
Sous une pluie diluvienne, 1500 courageux spectateurs se retrouvent le soir venu sur le Boulevard de Belgique afin de profiter du spectacle proposé par la radio Europe n°1, animé par Jacques Martin, et dont la vedette principale est Dario Moreno.
En ce dimanche matin de Fête Nationale, la pluie s’est arrêtée et les coureurs ont rendez-vous devant le Théâtre Municipal. Frustrés par l’étape de la veille, les troyens se pressent le long du Boulevard Gambetta pour espérer croiser le regard de l’Aigle de Tolède ou serrer la main de Maître Jacques. Marcel Bidot se prête au jeu en posant avec Ramsbottom qui est chaleureusement applaudi. Le troyen Henri Wasilewski qui participait l’année précédente au Tour de l’Avenir est venu saluer ses camardes de l’équipe polonaise. A 11h49, le peloton s’élance en direction de Paris pour l’ultime étape du 50ème Tour de France. Seul Jean Graczyk dit « Popof » manque le départ, ce qui l’a fait surnommer « l’étourdi du Tour ». C’est le maillot vert, Rik Van Looy, qui remporte l’étape au sprint au Parc des Princes, sa quatrième victoire sur cette édition.

Texte Benoit Nayrac